Historique
La communauté franco-manitobaine a toujours eu le souci de conserver son patrimoine,
mémoire vivante de son évolution dont les débuts remontent au 18e siècle. Dès le 19e
siècle, des personnes comme Mgr Alexandre Taché o.m.i., deuxième évêque et premier
archevêque de Saint-Boniface, ont constitué une bibliothèque, des archives et ont
interrogé des Métis et des Canadiens français
afin de transcrire leurs souvenirs . Le résultat? Nombre de
travaux traitant de l'histoire du Manitoba ont été publiés localement et au Québec.
Dès 1902, sous l'impulsion de Mgr Adélard Langevin o.m.i., troisième évêque et
deuxième archevêque de Saint-Boniface, la Société historique de Saint-Boniface
fut fondée. Son mandat était aussi vaste que l'ancien diocèse de Saint-Boniface
lui-même qui s'étendait des Grands Lacs jusqu'aux pieds des Montagnes rocheuses.
Constituée légalement en 1907, le mandat de la Société historique de
Saint-Boniface est celui d'une société d'histoire du tournant du siècle. Son but
est:
de promouvoir l'étude de l'histoire du Canada, de faire des
recherches et enquêtes concernant les points de repère, les forts, bâtiments, et sites
historiques et événements passés relatifs à ceux-ci, particulièrement ceux concernant
la Province du Manitoba; de faire ériger bâtiments et monuments appropriés, de
collectionner, de préserver et de publier des manuscrits ayant trait à l'histoire, aux
sciences, aux antiquités, de constituer un bibliothèque et un musée et de promouvoir
les recherches historiques en général.
Dès sa fondation, et suivant l'évolution normale des sociétés d'histoires
canadiennes, la SHSB a constitué des archives, une
bibliothèque, une collection d'artefacts et a lancé des projets de recherches et de
publications. Principalement intéressée durant ses premières années aux explorations
de LaVérendrye et l'oeuvre des premiers missionnaires de la Rivière-Rouge, la SHSB a rapidement élargi son champ d'action à celui des Métis, de
la colonisation et de l'évolution de l'éducation au Manitoba français. Notons en
passant que la province du Manitoba contribuait financièrement aux projets de
publications de la SHSB avant 1916, versant 500$
annuellement pour la réalisation des premiers bulletins de la SHSB.
Jusqu'aux années 1970, la SHSB, en collaboration avec le
clergé du diocèse de Saint-Boniface, a poursuivi d'une façon active l'acquisition
d'archives, d'objets de musée et a été très active au niveau de la mise en valeur du
patrimoine franco-manitobain en préparant des expositions, en organisant des
conférences, en publiant des articles dans des revues comme Les Cloches de
Saint-Boniface, en diffusant à CKSB une série sur
l'histoire des paroisses franco-manitobaines et en répondant aux demandes des chercheurs
et des généalogistes.
À partir des années 1970, la SHSB s'est laïcisée et
s'est donnée des structures professionnelles. Des historiens et des archivistes
franco-manitobains de profession ont donné à la SHSB une
nouvelle direction, conforme aux grands changements de société que connaissaient
également les sociétés canadienne et manitobaine. L'histoire, la conservation et la
mise en valeur du patrimoine devenaient une profession, une science en quelque sorte.
C'est à cette époque que la nécessité de conserver le patrimoine franco-manitobain
se faisaitt ressentir de façon encore plus aiguë. La SHSB
avait perdu sa bibliothèque de livres rares dans l'incendie de la Cathédrale de
Saint-Boniface en 1968. Certains documents historiques, dont des lettres manuscrites
de Louis Riel, avaient été endommagés. Il fallait absolument trouver un local
sécuritaire pour ce patrimoine irremplaçable. Faute de moyens financiers adéquats, une
solution permanente n'avait pas été trouvée. Bien que des locaux sécuritaires aient été
fournis grâce au Collège universitaire de Saint-Boniface, ils étaient depuis les
années 1980 inadéquats tant au niveau des normes techniques nécessaires à la
conservation des archives, qu'au niveau de l'espace requis.
À partir du début des années 1980, plusieurs études avaient été entreprises; plusieurs
solutions avaient été proposées, allant de la création d'une succursale française des
Archives provinciales du Manitoba (Rapport Minotto, 1982) à la création d'un Centre
du patrimoine franco-manitobain (Rencontre provincial du patrimoine, 1989; Rapport
Gaboury, 1991; Rapport IKOY, 1993).
L'urgence de la situation était aussi notée par la population franco-manitobaine,
lors des États généraux de la francophonie manitobaine en 1988 et lors de
l'élaboration des priorités pour la communauté préparées par le Conseil provincial de
concertation et de priorisation (1991, 1992). D'ailleurs, avec la mise en place de
la gestion scolaire franco-manitobaine (c'est une réalité depuis le 20 janvier, 1994
avec la création de la Division scolaire franco-manitobaine n° 49), et la création
d'une maison d'accueil pour les femmes et enfants victimes de violence conjugale (l'Entre-temps
des Franco-Manitobaines a ouvert ses portes en 1993), la mise sur pied d'un Centre
provincial du patrimoine franco-manitobain constituait l'une des trois priorités
provinciales urgentes identifiées par la communauté franco-manitobaine.
Le Comité conjoint du Centre du patrimoine et des archives a ensuite étudié ces
rapports et a fait entreprendre d'autres recherches complémentaires pour adresser tous
les aspects de la question. Il était alors en mesure de proposer un projet réaliste et
réalisable pour la conservation et la mise en valeur du patrimoine franco-manitobain par
la communauté franco-manitobaine à l'échelle de la province. La construction du Centre du patrimoine fut complétée en 1998. L'ouverture officielle avait lieu le 25 septembre 1998.
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