LA FAMILLE
HILAIRE ET ADÉLINE GAGNÉ
Depuis quelques mois les descendants d'Hilaire et Adéline
(née Hirbour) Gagné se préparent à une grande rencontre de famille
à l'été de 1997. Depuis décembre 1995, les responsables du comité d'organisation
de cette fête publient un bulletin, Entre-Gagné. L'abbé Pierre Gagné,
curé de la paroisse de Saint-Norbert (Manitoba) a accepté d'écrire
dans ce feuillet l'histoire des ancêtres. C'est avec la permission des
représentants du comité d'organisation que nous reproduisons ici les articles
qui ont été publiés jusqu'à date. Nous remercions l'abbé Pierre Gagné
et Monsieur Roland Gagné de leur aimable permission.
À tous les descendant(te)s d'Hilaire Gagné et
d'Adéline Hirbour:
1997 a marqué le 120e anniversaire de l'arrivée de nos ancêtres,
Hilaire Gagné et Adéline Hirbour au Manitoba, plus particulièrement à
la Rivière-aux-Rats, aujourd'hui Saint-Pierre-Jolys. D'après les souvenirs
de mon père, Pierre Gagné, le bateau, Manitoba, accostait devant
la Cathédrale de Saint-Boniface le 18 mai 1877.
L'Ouest s'ouvrait, spécialement le Manitoba érigé en province en 1870,
à tous les immigrants et Monseigneur Taché, alors archevêque de Saint-Boniface,
suppliait les colons du Québec et des États de l'Est américain à s'emparer
de ces belles terres dans la vallée de la rivière Rouge. Alors, un mouvement
d'immigration s'organisa. L'abbé David Fillion et Charles Lalime essayaient
de rapatrier les Francos dans les États de l'Est, le Père Lacombe dans
le Québec. Les familles de Charles Gagné et de Marie-Anne Legrain dit
Lavallée, ainsi que leurs enfants, avaient quitté Saint-Jean-Baptiste
de Rouville avant 1860 pour travailler dans les filatures de coton à Webster,
Massachusetts.
Il en fut ainsi pour Adéline Hirbour. Fille de Joseph Hirbour et d'Adéline
Baudoin (Bodoin), née le 5 décembre 1848 à Sainte-Hélène, comté
de Bagot, et baptisée le 8 décembre à Saint-Hughes, parce que Sainte-Hélène
n'avait pas encore son statut de paroisse. La famille a émigré à Webster
vers les 1860 et c'est là qu'Hilaire et Adéline se sont rencontrés. Le
mariage fut célébré en l'église Sainte-Anne à Webster le 16 juin 1867.
Tous les deux se sont mariés assez jeunes: 19 ans. Après, ils ont déménagé
à North Grovenordale, tout près, au Connecticut.
À l'automne 1876, ils furent gagnés par la propagande de Fillion et de
Lalime, qui parcouraient la Nouvelle-Angleterre en vue de rapatrier ces
familles françaises au Manitoba. Au printemps 1877, Hilaire Gagné, Adéline
Hirbour, son épouse, et deux enfants, Adéline et Pierre, prirent le train
jusqu'à Saint-Paul, Minnesota, pour ensuite faire route en charrette jusqu'à
Fisher Landing, petit port à la source de la rivière Rouge. De là, ils
se rendirent par bateau, le Manitoba, à Saint-Boniface. Ils ont loué une
maison (une cabane en billots) appartenant à Roger Marion, sur
l'emplacement où s'est bâti plus tard l'hôtel Tourist. La famille était
en sécurité pendant qu'Hilaire se rendait à la Rivière-aux-Rats (aujourd'hui
Saint-Pierre) pour construire une maison. Il y avait les Labonté et
les Ladouceur. À l'automne, une fois le travail terminé, les familles
des nouveaux immigrants se réunissaient pour affronter avec courage le
terrible hiver manitobain.
Nous avons vu qu'Hilaire et Adéline Gagné s'étaient mariés jeunes. Tous
les deux avaient 19 ans. Bel âge, pleins d'enthousiasme, souriants à la
vie, confiance en l'avenir, ils étaient capables de relever tous les défis.
Après leur mariage à Webster, Mass., le couple alla demeurer pas tellement
loin, à North Grovenordale, Connecticut. Ce village était à cheval sur
la frontière des deux états.
Hilaire Gagné était un homme rempli de talents, travailleur, créateur
et artiste à ses heures. Tout de suite il obtint la confiance du propriétaire
de la filature et devint vite contre-maître d'un département. De lui-même
il créait des patrons, des modèles ce qui devenaient profitable pour l'industrie.
On peut dire qu'au point de vue financier le couple jouissait d'une certaine
aisance. C'est pourquoi le patron n'a jamais pu comprendre les raisons
à quitter cet emploi et partir à l'aventure vers un pays qu'il ne connaissait
pas.
D'après mon père, Pierre Gagné, sa mère Adéline Hirbour possédait un
caractère fort, énergique, une femme gaie, chantait toujours les vieilles
chansons du Québec, larme facile et beaucoup d'humour, un coeur plus gros
qu'elle même. Il fallait être une femme forte pour passer au travers les
dix premières années.
Au printemps 1877, la famille ramassait tous ses biens et quittait les
États de l'Est pour l'Ouest canadien. Pour ces années-là, c'était tout
un trajet - une solide entreprise. Quelle était la principale raison qui
motivait ces pionniers avec leurs trois enfants - Adéline 8 ans, Alphonse
3 ans, Pierre (mon père) 11 mois, pour s'exiler ou se rapatrier
et participer à la fondation d'une nouvelle province canadienne? Comme
les grands syndicats ouvriers n'existaient pas encore, grand-père Hilaire
voyait des enfants de 10-12-14 ans travailler jusqu'à 10 heures par jour,
exploités, abusés, et confiait à son épouse Adéline: "Mes
enfants ne travailleront jamais ici." En venant s'installer
ici, il retrouvait la terre, la culture et la liberté.
Ce ne fut pas chose facile. Dans les familles des deux côtés, on faisait
tout pour les décourager. D'après Soeur Jean-Marie qui avait huit ans
à cette époque, les séparations furent pénibles, crucifiantes même. Les
Gagné et les Hirbour habitaient à peu près tous le même coin. Et puis
il faut penser qu'en ce temps-là l'Ouest canadien c'était bien loin, jusqu'à
l'autre bout du monde. Les chances étaient bien minces de se revoir. Ce
fut donc des adieux déchirants. Ils ne venaient pas seuls - il y avait
dans ce groupe les Labonté, les Ladouceur - des oncles et cousins, des
Marcotte, des Marcil, des Lemire et autres.
La première partie du voyage et la plus longue fut assez facile. Ce fut
en train jusqu'à St-Paul, Minn. Ensuite quelques cent milles en charrette
jusqu'à Fisher Landing, un petit fort à la source de la rivière Rouge.
Ce village (même hauteur que Duluth) est disparu maintenant. Là
les immigrants devaient prendre le bateau, le Manitoba, jusqu'à
Saint-Boniface. La partie pénible du voyage, ce fut donc sur ce bateau.
N'oublions pas que nous sommes en 1877, donc sept ans après l'entrée du
Manitoba dans la Confédération canadienne. Riel exilé au Montana,
les Orangistes du Manitoba et de Toronto avaient sa tête à prix. Les Métis
étaient mal traités. Tous ceux qui portaient encore des noms français
n'avaient pas bon accueil. Les engagés du bateau Manitoba, gens
grossiers, frustrés, ne manquaient pas leur chance d'insulter les voyageurs,
en particulier les femmes. Soeur Jean-Marie racontait à l'auteur de ces
lignes que, petite fille, elle demeurait serrée, attachée à sa mère et
ne la lâchait pas d'un pouce.
Note: Quand Hilaire et Adéline sont venus au Manitoba, ils avaient
trois enfants, et non pas deux comme la plupart croyait. Alphonse, leur
deuxième enfant, est décédé à l'âge de quatre ans.
L'acte de décès tel que trouvé dans les archives est reproduit ci-bas:
"Ce trente et un janvier mil huit cent soixante
dix-huit, nous prêtre soussigné, avons inhumé dans le cimetière de Sainte-Agathe,
le corps de Alphonse décédé le vingt-neuf du courant à l'âge de quatre
ans, enfant légitime de Hilaire Gagné et de Adéline Hirbour de la paroisse
de St-Pierre. Étaient présents Hilaire Gagné, Joseph Labonté et Moise
Lampron.
C. Samoisette, ptre."
Pourquoi fut-il inhumé à Sainte-Agathe? C'est qu'il n'y avait pas de
prêtre à Saint-Pierre, ni de cimetière.
Après leur arrivée à Saint-Boniface le 18 mai 1877, Hilaire Gagné, Joseph
Labonté et Benjamin Ladouceur louent une maison et y installent leurs
familles pour l'été. Les maris partent pour la Rivière-aux-Rats. Ils n'étaient
pas seuls. À leur tête, dirigeant l'équipe, il y avait le Père Noël Ritchot,
curé de Saint-Norbert. C'était tout un homme, cet abbé Noël-Joseph Ritchot,
toute une personnalité.
En 1870, Riel et son gouvernement provisoire le déléguèrent à Ottawa
pour négocier avec le gouvernement fédéral l'entrée du Manitoba dans la
Confédération canadienne. À son retour, le 2 juillet 1870, avec un groupe
de Métis de Saint-Norbert, il dirigea l'arpentage des lots à la Rivière-aux-Rats,
à partir d'Otterburne jusqu'à Saint-Malo, et ensuite les lots de la Fourche
allant vers l'est. De nombreuses familles Métis firent l'acquisition de
ces lots. En 1877, ce colonisateur infatigable distribuait des terres
aux 13 familles canadiennes-françaises qui avaient été recrutées dans
des centres manufacturiers de la Nouvelle-Angleterre et au Québec, comme
mentionnées dans les Pages souvenirs de l'abbé J.-M. Jolys, à la
page 59.
Joseph Labonté, oncle d'Hilaire Gagné et le beau-père de Benjamin Ladouceur,
choisit les lots 22 et 23 sur le chemin d'Otterburne, exactement un mille
au nord de l'église actuelle de Saint-Pierre. Pour rafraîchir la mémoire
des plus anciens, Louis-Élie Carrière et Philéas Valois ont occupé ces
lots. Pour les plus jeunes, Omer Gagné et sa famille ont habité sur le
lot 23 de Philéas Valois.
Durant tout l'été ces hommes ont trimé dur. Ils devaient construire une
maison assez grande afin de recevoir les trois familles. L'abbé Jolys
raconte dans son livre à la page 66, que la maison de Joseph Labonté était
une des plus grandes, c'est pourquoi l'abbé Cyrille Samoisette, curé de
Sainte-Agathe et missionnaire à la Rivière-aux-Rats, célébrait la messe
dans ce foyer avant la construction de la première chapelle.
C'était une maison en "logs" (billots
équarris), le style du temps. Du long de la Rivière-aux-Rats poussait
une bonne variété de bois: chênes, ormes, frênes, érables et des arbres
fruitiers en quantité. On choisissait les arbres d'une certaine grosseur,
ils étaient équarris à la hache, ensuite on entaillait les bouts en mortaise
de façon qu'ils puissent s'ajuster les uns sur les autres pour former
les coins et solidifier la maison. Ici, au Manitoba, la belle terre noire
bien collante qu'on appelle "gumbo" est
des plus fertiles pour la culture du blé. Au-dessous de cette terre noire,
il y a une glaise, terre grasse, compacte, imperméable. On l'exploite
surtout pour la fabrication du ciment. Cette glaise, donc, une fois délayée
dans l'eau et mélangée avec du foin de prairie ou du poil, servait de
mortier. Les deux façades généreusement bousillées, ces murs, épais de
10 à 12 pouces, devenaient bien étanches et conservaient la chaleur. C'était
bien confortable. Par la suite on attachait à la maison un appentis de
différentes grandeurs qui protégeait du froid la porte d'entrée et qui
servait en même temps d'un endroit à tout serrer et à tout accrocher.
À l'automne, quand tout fut prêt, les trois familles s'installent dans
leur nouvelle maison. Si elle paraissait grande, elle devait être étroite
pour les occupants qui passeront l'hiver ensemble. Enfin, ils sont chez
eux, confortables. Ces familles compteront parmi les fondateurs de la
belle paroisse de Saint-Pierre.
Ces nouveaux immigrants qui arrivent dans un pays tout neuf ne sont pas
toujours à l'abri des épreuves. Dans les registres de la paroisse de Sainte-Agathe,
nous lisons que le 29 janvier 1878, mourrait Alphonse Gagné, 4 ans, deuxième
enfant d'Hilaire Gagné et d'Adéline Hirbour, et fut inhumé au cimetière
le 31 janvier. Les témoins de cette sépulture étaient Hilaire Gagné, Joseph
Labonté et Moise Lampiron.
À certains jours, l'atmosphère devait être pesante dans cette maison.
Il dut y avoir des frictions, des accrochages. On ne peut pas exiger de
la nature humaine plus qu'elle peut donner. Nous connaissons notre hiver
manitobain, long, froid, rigoureux. Imaginez six longs mois dans un même
endroit avec les commodités les plus élémentaires. Cela dû être un tour
de force qui frise l'héroïsme. En tous les cas, une chose est certaine,
l'été suivant, Hilaire Gagné pliait bagage et allait prendre les lots
46 et 47 sur la rivière la Fourche, à l'est de Saint-Pierre et s'y établissait
avec sa famille. C'était la ferme où vécut oncle Ferdinand et tante Valentine.
Ferdinand Marcotte avait pris le lot voisin à l'est. Quels sont ceux ou
celles, surtout parmi les plus âgés, qui se souviennent du poulailler
de Ferdinand Gagné sur la Fourche? Bâti en logs, 20 pieds par 30 pieds
environ, avec un appentis, c'était la première maison d'Hilaire et d'Adéline
Gagné, pas de plancher, sur la terre battue. Mon père me contait qu'étant
enfant, sa mère lui donnait une tartine au beurre (une beurrée)
- s'il l'échappait par terre du côté du pain il pouvait frotter le pain
pour enlever la poussière, mais si la tartine tombait sur l'autre côté,
sa mère devait lui en préparer une autre.
Pour vivre, il fallait donc ouvrir du terrain, défricher, semer et récolter.
Ces lots, en grande partie, étaient en prairie avec de nombreuses touffes
de saules, de harts rouges et de trembles souvent rabougris. Du long de
la rivière cependant, comme aujourd'hui, on y rencontrait de beaux arbres
en bois dur qui servaient de bois de chauffage, et des arbres fruitiers,
cerises, poirettes, prunes, merises, pembina en quantité.
Pour casser le terrain, Hilaire acheta une paire de boeufs et une charrue
à manchon. D'après mon père, ces boeufs venaient du Montana. Ils étaient
forts et solides. Ils ont mis en culture plus d'une centaine d'acres,
tout le terrain qui se trouve en face des anciennes propriétés de Benoît
et de Louis Gagné.
Une des plus grandes souffrances d'Hilaire Gagné, ce fut l'ennui, surtout
de sa mère et de sa famille. Lorsqu'il cassait du terrain, tenant solidement
les manchons, certains le surprenaient parfois les yeux rouges et même
des larmes qui coulaient du long des joues. Grâce à la femme forte qu'était
son épouse, Adéline, et de son bon support moral, car elle ne voulait
pas du tout retourner dans l'Est, il a pu surmonter cet éloignement. Soit
dit en passant, d'après le témoignage de l'oncle Jean-Léon, sa mère Adéline
possédait une vraie belle voix et elle fredonnait continuellement de vieux
airs canadiens.
Grand-père Hilaire était toujours en quête des nouvelles de sa famille,
et de sa mère en particulier. C'est pourquoi au moins une fois par mois,
il faisait la navette entre Saint-Pierre et Saint-Boniface par la Crow
Trail, le sentier du Corbeau, pour chercher le courrier et envoyer des
nouvelles de l'Ouest. C'est ainsi qu'il fut nommé maître de poste officiel
du district de Saint-Pierre le 1er octobre 1879 et y demeurera
en fonction jusqu'au 25 juillet 1884. Il fut donc le premier maître de
poste de Saint-Pierre.
On s'installe sur la Fourche
Hilaire Gagné, Adéline Hirbour, ainsi que les enfants, n'ont pas vécu
tellement longtemps dans cette maison en log sur la Fourche. Ce logis
était bien étroit, 20 X 20 avec un appentis, sans plancher et seulement
un étage. Aussitôt qu'ils ont eu la chance, ils se sont bâtis une maison
plus spacieuse, plus confortable, avec une cave et un deuxième étage.
Le chemin de fer, le Grand Tronc en 1885, rejoignait les extrémités de
cet immense pays de Montréal à Vancouver. Durant ces mêmes années la voie
Winnipeg - Saint-Paul, Minnesota fut complétée. Donc avec ces lignes ferroviaires
parachevées, l'économie de la province et de Saint-Pierre s'est complètement
transformée. Le bois de construction arrivait de la Colombie, les machineries
et l'outillage amélioraient les chantiers de construction. Des moulins
de bois de sciage s'ouvraient à Marchand, à Bedford et à Sandilands.
Durant les années 1890 à 1895, le grand père Hilaire et son voisin, Ferdinand
Marcotte, entreprenaient la construction de nouvelles maisons. Il est
difficile de préciser en quelle année ces deux résidences, presque identiques,
furent construites. Certainement, avant 1895. La pièce principale de la
maison d'Hilaire, notre ancêtre, existe encore. C'est là que vécurent
oncle Ferdinand et tante Valentine, suivi d'Arthur en 1956 et Benoît en
1958. Actuellement en 1996, c'est un immigrant hollandais, John Bordenstaff,
qui exploite cette ferme. Cette maison a plus de 100 ans. Elle est très
précieuse comme site historique. La cuisine originale fut démolie en 1960
et remplacée par une plus moderne. La pièce principale aux deux étages
mesure 24 X 28 pieds.
L'établissement et la ferme de Ferdinand Marcotte a été acheté en 1904
par Pierre Gagné et Eugénie Joubert avec leurs enfants, Joseph, Adélina
(Soeur Pierre-Joseph), Jean-Marie et Thérèse (Mme Émile Roy).
Cette maison fut démolie au printemps 1949.
Dans ce grand pays, tout neuf, peu peuplé, s'étendaient de belles terres
qui ne demandaient qu'à être cultivées. Le grand père Hilaire fondait
de grandes espérances. Il avait la très grande ambition d'établir ses
garçons sur ces belles terres et devenir en même temps d'excellents cultivateurs.
Alors il achète des terres encore en friches. Avec Ferdinand Marcotte,
il achète une demi-section à deux milles au sud de l'école de Carey, 240
acres pour son fils, Jean-Léon, et 240 acres pour René Marcotte. Les deux
étaient devenus beaux-frères par mariage avec deux demoiselles Fontaine.
On appelait cet endroit Bellevue. Pourquoi? Il devait y avoir une raison.
Actuellement, quand les enfants de mon oncle Jean-Léon parlent de leur
ferme à Carey, ils la nomment encore Bellevue.
Presqu'en même temps, grand père Hilaire achète 160 acres à trois milles
au nord de chez nous - le coin nord-ouest de la section 19, Township 14,
Rang 4 (est). Ce terrain portait le nom de Droit - pourquoi
encore? Je ne puis pas répondre à cette question.
Pierre Gagné a élevé sa famille sur la terre de Marcotte. C'est là que
les petits "Pierrots" sont nés
et ont poussés. La terre était bonne. Mon oncle Ferdinand, le benjamin
de la famille, hérita de la ferme paternelle, tandis que mon oncle François
s'est placé au village de Saint-Pierre, sur le lot DES 41-34-23. Il travailla
plusieurs années pour le CPR, et ensuite
charroya le courrier et fit le transport des voyageurs entre Saint-Pierre
et Carey. Pour mieux vous situer, sa résidence était au fond de la rue
Turenne, la rue de la cours à bois dans le temps. Mon oncle François avait
cette fierté d'avoir des bons chevaux, des "broncos"
rapides et fringants. Un original, il aimait rire, jouer des tours, mais
les larmes faciles. Il ne fallait pas que ça paraisse.
Pierre Gagné, prêtre
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