Urbain
Delorme
L'homme riche des Prairies
Urbain Delorme était fils de François Enos (et Hénault) dit Delorme1 et de Madeleine (et Charlotte) Sauteuse, né vers 1801 dans
les plaines de l'Ouest; décédé le 18, inhumé le 20 août 1886 à
Saint-François-Xavier (Manitoba).
À l'âge de quatre and son père l'amène à Berthierville (Québec) avec sa
soeur Séraphie pour être baptisé :
«L'an mil huit-cent cinq le quinze Septembre par
moi prètre soussigné ont été Baptisés françois urbain et séraphie Nées Aux pays
d'Enhauts fils et fille de naturel de François Eno dit Delorme leur mère inconnue [.]
françois urbain Agé de quatre Ans et séraphie agée de six Ans [.] Le parain et la
maraine de françois urbain ont été joseph fagnant et la maraine marie joseph tellier
Martin dit pellan Lesquels ont déclarés ne savoir Ecrire Ainsi que Le père. Le parain
et la maraine de séraphie ont été joseph généreux pere et marie thécle paquet-fabre
Lesquels ont déclarés ne savoir signer excepté La maraine qui a signé.» 2
Urbain fut confié à une de ses tantes 3 et il demeura à
Berthierville (Québec) jusqu'à l'âge de 17 ans 4.
Son père était venu à Montréal en septembre 1817 pour témoigner au procès dû aux
événements de la Rivière-Rouge touchant la prise des forts et les détails des
querelles entre la North-West Company et la Hudson's Bay Company 5.
Ce serait donc vraisemblablement en 1817 qu'Urbain retourna à la Rivière-Rouge. Selon
Prud'homme, François Delorme aurait profité d'un temps libre au cours du procès pour
prendre place avec son fils dans un canot courrier qui, une fois l'an, allait porter le
courrier dans l'Ouest. Ce canot était dirigé par treize Iroquois sous la commande d'un
commis du nom de Jasson. 6
Arrivés à la Rivière-Rouge, Urbain débarqua au fort Douglas.
«Un des courriers lui indiqua une loge, tout près du fort où
était sa mère. Urbain s'y rendit et comme elle ne connaissait pas et ne parlait point le
français, la seule langue qu'avait appris le jeune Urbain, il fut obligé d'avoir un
interprête pour se faire reconnaître. En apprenant que c'était son fils, elle s'écria «Mounia Ouinion», l'homme de Montréal.» 7
«C'était au moment où les chasseurs se préparaient à partir pour la prairie. Il
partit avec son frère Basil Delorme, Charles Pelletier, [Jean-Baptiste] [M]arsolais,
Bercier, Bellegarde [.] Urbain se montra dès son débuts [sic], chasseur habile et ne
tarda pas à se passionner pour ce genre de vie [...] À 22 ans 8
il épousa Madeleine Vivier 9. La bénédiction nuptiale fut
donné [sic] à Pembina par le Révd Messire Dumoulin, le compagnon de voyage de Mgr
Provencher dans les régions de l'ouest. De ce mariage sont nés 12 enfants.» 10
«Prudent dans toutes ses entreprises, modéré et patient, d'un caractère doux, mais
ferme et résolu, il ne tarda pas à jouir d'une grande considération parmi les chasseurs
des prairies qui le choisisirent pour chef de camp, charge qu'il remplit pendant 25 ans.»
11
Dans sa biographie d'Urbain Delorme, Prud'homme raconte un incident qui se produisit
dans la prairie.
«Un jour, la plupart des [M]étis chasseurs, étaient réunis
sur le grand coteau du Missouri. Urbain comme d'habitude avait été choisi comme chef du
camp, qui se composait de plus de 500 charettes. On venait de faire une longue cours.
Nombre de buffalos avaient été tués et la plus grande gaieté règnait dans le camp.
Depuis plusieurs jours la farine et les autres provisions faisaient défaut.»
«Cette chasse était venue à propos, car elle on eût jeuné au camp. C'était donc
une fête général[e] quand vers le soir, des courreurs attardés apportèrent le triste
nouvelle qu'un des leurs, Louis Lavallée, avait été tué pendant la course par des
Sioux cachés. Le camp changea aussitôt de physionomie. Les gardes furent doublées
pendant la nuit, afin d'éviter toute surprise. Le lendemain le corps [de] Lavallée fut
trouvé près d'un marais, percé de sept balles. Le conseil s'assembla. La discussion fut
orageuse. Les uns opinaient pour une prompte vengence, estimant que ce serait le plus sur
moyen de se faire craindre des Sioux et de les forcer à faire un traité de paix et qu'à
cette fin il devenait nécessaire de leur faire une guerre acharnée et sans merci partout
où l'on pourrait les rencontrer. Delorme et quelques autres membres du conseil pensaient
au contraire qu'il suffirait de poursuivre ceux qui venaient de commettre ce meurtre et de
les tuer pour donner une leçon aux autres, qu'une déclaration de guerre avec les Sioux
rendrait la chasse presque impossible et les exposeraient à des terribles représailles.
Delorme l'emporta. Le conseil décida qu'on ne devait tirer que sur ceux qui viendraient
voler ou que l'on verrait s'approcher du camp, à la dérobée.»
«Le lendemain au midi, les éclaireurs donnèrent le signal de la présence des
ennemis. D'après les règlements des prairies, lorsque les éclaireurs veulent annoncer
la présence des ennemis, ils croisent leurs chevaux, passant rapidement l'un devant
l'autre. Pour indiquer un troupeau de bisons, ils jetent de la terre en l'air.»
«Delorme, en appercevant ce signal, partit au grand galop, avec Montour et Batoche.
Après avoir couru une couple de milles, parvenu sur le haut d'un petit côteau, il
apperçut un grand nombre de Sioux cachés dans une coulée. À une certaine distance en
avant se tenaient leurs chefs tenant un petit drapeau 12 à
la main. Delorme se dirigea aussitôt vers le chef qui lui cria en l'appercevant, "le grand soldat Anglais ne me fera pas sauver" .
C'était le nom sous lequel Delorme était connu parmi les Sioux. Il l'attendit de pied
ferme l'arme au bras. Dès le premier coup, le chef Sioux roula mortellement blessé à la
poitrine. Des Cris qui suivaient Delorme de près se hatèrent de lui enlever la
chevelure. Le Sioux se leva sur son séant et voulut frapper l'un des Cris. Un coup de
couteau au coeur mit fin à ses souffrances. Delorme dit que ce chef Sioux avait les
cheveux blonds, la figure assez blanche et les traits d'un Américain. Il ajoute que
pendant ses courses dans les prairies il a pu constater plus d'une fois la présence de
blancs qui s'étaient fait sauvages. La plupart des ces hommes étaient les plus méchants
de leur tribu, complotant sans cesse pour devenir chef ou acquérir un grand nombre de
chevaux.» 13
Urbain Delorme s'établit sur le lot 162 dans la paroisse de Saint-François-Xavier (Manitoba).
Au recensement de 1835, il possédait 5 chevaux, 10 têtes de bétail et sept charettes.
Il avait dix acres en culture. 14
Urbain Delorme et Madeleine Vivier eurent douze enfants:
- Marguerite, née en juin 1824. Elle épouse Cuthbert McGillis le 1e février 1842
à Saint-François-Xavier (Manitoba).
- Catherine, née en janvier 1825. Elle épouse Daniel (et Donald) Ross le
22 mai 1848 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
- Madeleine, née en 1827. Elle épouse en premières noces Edouard Sayer, le 19
février 1844 à Saint-François-Xavier (Manitoba) et en deuxièmes noces John
McDermot le 22 septembre 1873 à Saint-François-Xavier (Manitoba)
- Marie, née vers 1832 et décédée le 18 septembre 1870 dans la prairie. Elle
épouse Roderick Ross le 11 février 1849 à Saint-François-Xavier (Manitoba)
- François, né le 24 février et baptisé le 4 mars 1833 à Saint-Boniface (Manitoba);
décédé le 13 et inhumé le 15 septembre 1855 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
- Urbain, né et baptisé le 10 mai 1835 à Saint-François-Xavier (Manitoba);
Il épouse Marie Desmarais le 8 septembre 1856 à Saint-François-Xavier (Manitoba)
- Norbert, né et baptisé le 8 mai 1837 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
Il épouse Charlotte Gervais le 8 septembre 1858 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
- Elise, née le 25 janvier et baptisée le 2 février 1840 à
Saint-François-Xavier (Manitoba). Elle épouse Pierre Jannot le 14 septembre 1857
à Saint-François-Xavier (Manitoba)
- Sara, née le 22 et baptisée le 26 janvier à Saint-François-Xavier (Manitoba);
décédée le 26 janvier et inhumé le février 1865 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
Elle épouse Moise Breland le 18 janvier 1860 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
- Rose, née le 9 et baptisée le 18 janvier 1847. Elle épouse John Pritchard le 5
mai 1863 à Saint-François-Xavier (Manitoba)
- Joseph, né le 1er et baptisé le 4 février 1849 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
Il épouse Louise McLeod le 9 février 1875 à Saint-François-Xavier (Manitoba).
Urbain fut un homme d'influence dans sa paroisse et dans la région. En 1849, il
contribua beaucoup à l'opposition au procès de Guillaume Sayer et à la déclaration de
la liberté du commerce à la Rivière-Rouge. 15
En 1861, Urbain Delorme et Pascal Breland furent appelés à représenter population de
la région qui s'inquiétait de la vente possible de leurs terres par la Hudson's Bay
Company. 16
Par son travail et ses économies, Urbain Delorme réussit à s'amasser une petite
fortune pour l'époque. Prud'homme, sans son récit biographique17,
relate qu'un jour, avant de partir pour la prairie, Urbain se rendit au couvent de
Saint-François-Xavier et demanda à l'une des religieuses de prendre soin d'un petit
coffre. La bonne soeur accepta sans poser de questions car Urbain ne semblait pas y
attacher beaucoup d'importance. Deux heures après, Urbain revint au couvent et, voyant le
coffret encore sur la table, dit à la religieuse, «Ma Soeur, dans
cette petite boîte, il y quatre mille piastres en or; ce serait mieux de ne pas la
laisser traîner sur la table.»
C'était sans doute cette monnaie qui fut confiée à Mgr Alexandre Taché pour qu'elle
soit investie. Le 26 janvier 1860 18, Mgr Taché, dans une
lettre adressée à Charles-Félix Cazeau, vicaire général du diocèse du Québec,
disait à ce dernier qu'Urbain Delorme, un citoyen de la Prairie du Cheval Blanc 19, était l'homme le plus riche et le plus généreux de sa
paroisse. Urbain avait demandé à Taché d'investir une grosse somme d'argent car il ne
pouvait pas en tirer parti ici. Taché demande donc à Cazeau de placer les 800 livres
sterling qu'il a reçu de Delorme.
Taché aurait administré les avoirs d'Urbain Delorme au cours de années suivantes et
même après le décès de ce dernier. Dans une lettre en date du 1er juillet 1888, John
Pritchard et Rose Delorme (fille d'Urbain), qui demeurent au Lac-la-Selle (Saddle
Lake) Alberta, écrivent à Taché lui demandant des informations sur l'héritage
d'Urbain qui, au dire de Pierre Léveillé, avait à la banque la somme de 4 461,04$. John
et Rose ont pris soin de Joseph Delorme, frère de Rose, pendant sa dernière maladie et
ils ont recueilli ses orphelins, une fille de 12 ans et un garçon de 5 ans. 20
En 1870, Urbain Delorme, sonépouse, Madeleine et leur fils, Joseph, demeurent sur le
lot 181 à Saint-François-Xavier. En 1876, dans un document qui'il signe 21, Urbain déclare qu'il demeure à Saint-François-Xavier et qu'il
est commerçant.
1) Quoique que nous n'avons pas toutes les
preuves à l'appui, ce François Delorme serait vraisemblablement le fils de Joseph
Hénault (et Enaud dit Canada) dit Delorme et de Marie-Amable Laporte dit
St-Georges. François Delorme est né le 9 février 1767 à Berthierville (Québec)
et il est décédé le 2 juin 1847 à Saint-François-Xavier (Manitoba). Engagé de
la North-West Company (NWC), il était à la rivière Rouge en 1799. Il y demeurait
encore en 1814 et il fut impliqué dans la bataille de la Grenouillère, témoignant à
cet effet au procès Semple à Toronto en 1818. Il fut l'un des signataires de la requête
des habitants en 1817 demandant des missionnaires pour la Rivière-Rouge.
Ascendance paternelle:
| 1. Jacques Enaud |
|
Marie Leroux |
| 2. Pierre Enaud dit Canada |
1688-02-03 Sorel (Quebec) |
Marie-Anne Ratel |
| 3. Pierre Enaud dit Canada dit Delorme |
1720-06-18 contrat Sent |
Marguerite Piet |
| 4. Joseph Hénault |
1752-04-10 Berthierville (QC) |
Amable Laporte |
2) Microfilm des registres de
la paroisse de Ste-Geneviève de Berthier (Québec) Archives SHSB.
3) Prud'home, L.-A. «Urbain Delorme chef des
prairies», Revue canadienne, XXIII, 270-279.
4) Ibid.
5) Fonds Pierre-Picton. Archives de la Société
historique de Saint-Boniface. Pour le récit de ces évènements voir Histoire
de Saint-Boniface, tome 1, À l'ombre des cathédrales. Les Édtions du Blé,
Saint-Boniface (Manitoba), 1991.
6) Prud'homme. Opus cit.
7) Prud'homme. Opus cit.
8) Ce mariage fut célébré en 1823 à Saint-Boniface
(Manitoba). «Noms des hommes qui ont été
marié (sic) par les Missionnaires Catholiques depuis l'établissement de
la Mission de la Rivière Rouge en 1818 jusqu'au 15 février(sic) 1831.»
British Columbia Provincial Archives.
9) Madeleine Vivier, fille d'Alexis Vivier et de
Marie-Anne de la nation des Assiniboines, née vers 1811; décédée le 6
inhumée le 8 mars 1875 à Saint-François-Xavier (Manitoba)
10) Ibid.
11) Ibid.
12) «Le drapeau de ce Sioux
n'était qu'un morceau de drap rouge ayant environ un pied de large et
six pieds de long, attaché à une perché de six pieds de longeur. Il était
garni de plumes blanches et noires et de serres d'aigle. Delorme les conserva
longtemps en souvenir de cet exploit.» Prud'homme. Opus cit.
13) Ibid.
14) Sprague, D.N. and Frye, R.P. The Genealogy
fo the First Metis Nation. Winnipeg, Pemmican Publications, 1983.
15) Morice, A.-G. Dictionnaire historique des
canadiens et des Métis français de l'Ouest. Montréal, Granger Frères,
1912.
16) The Norwester, le 15 juin 1861.
17) Prud'homme, L.-A. Opus cit.
18) Archives de l'Archevêché de Saint-Boniface.
19) Nom ancestral donné à la région de la paroisse
de Saint-François-Xavier
20) Fonds Pierre-Picton, Archives de la Société
historique de Saint-Boniface (SHSB)
21)
Déclaration pour le scrip. RG-15, microfilm. Archives SHSB.
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