The Daily Manitoban
Le 12 décembre 1885
(traduction) |
LE DERNIER ACTE
LES RESTES MORTELS DE LOUIS RIEL
ENTERRÉS CE MATIN
LE CORPS PORTÉ DE SAINT-VITAL
SUR LES ÉPAULES DE COSTAUDS MÉTIS
Pour plus de deux décennies le nom de Louis Riel a été
très familier au peuple canadien et surtout aux gens du Nord-Ouest.
Ce matin, son corps reçut son dernier repos dans l'enceinte
du terrain de l'église de Saint-Boniface, près des
endroits où il avait vécu sa jeunesse et seulement
cinq verges de l'église qu'il avait fréquentée
avec ses parents. Et donc, le rideau est maintenant tombé
et Riel repose en paix dans le cimetière où il avait
demandé, dans sa dernière requête, d'être
enterré.
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Attirés par curiosité et possiblement par un certain
degré d'insignifiance inspiré par les prospectus
idiots qui avaient été distribués
sur les rues la nuit dernière, sans doute par plaisanterie,
un très grand nombre de Winnipegois traversèrent
la rivière ce matin pour être témoins à
la dernière scène du drame.
La cathédrale était remplie dès neuf heures
par des Winnipegois et des personnes de Saint-Boniface et des
environs. Vrai, on n'y voyait pas de grands personnages de Winnipeg
mais tous les notables de Saint-Boniface y étaient. Un
grand nombre de personnes de Saint-Boniface s'étaient rendues
à Saint-Vital tôt le matin pour se joindre au cortège
funéraire. Parmi ces derniers il y avait l'honorable monsieur
Larivière, le juge Prud'homme, monsieur Trudel, l'honorable
Joseph Royal, E.H. Bertrand, Z. Laporte, O. Monchamp et d'autres.
On espérait à l'arrivée du cortège
pour neuf heures, mais il était dix heures passées
quand il fut en vue. La foule accourut au trottoir pour voir passer
le cortège. C'était un spectacle que n'oublieront
pas ceux qui y ont assisté.
La procession quitta la maison des Riel à Saint-Vital vers
8 heures 30. Les Métis des environs, au nombre de six ou
sept cents étaient présents. L'on fut témoin
à quelques tristes scènes. La pauvre vieille mère
pleurait pitoyablement comme c'était le cas pour plusieurs
membres de la famille et des parents qui étaient présents
en grand nombre.
Il y avait 75 trainaux dans le cortège, qui s'échelonnait
sur un parcours de trois quart à un mille de distance.
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Maxime Lépine, le vieux compagnon de Riel en 1869, était
présent, et paraissait très ému par les événements.
En gage de l'estime qu'on avait pour le rebelle décédé,
son peuple portait son cercueil sur leurs épaules tout
le long du trajet depuis Saint-Vital à près de six
milles de distance. De voir les robustes et vaillants Métis,
leurs barbes givrées, soutenant leur charge avec grande
peine, est un tableau à jamais gravé dans la mémoire.
Visages sérieux et impassibles, ils marchaient vaillamment,
indifférents aux regards curieux de la foule rassemblée.
Le cercueil était porté sur un brancard ayant des
poignées à l'avant et à l'arrière.
Deux hommes étaient à chaque coin et ainsi ils avançaient
d'un pas constant. C'était un long trajet par un chemin
rabotteux mais ceux qui portaient le fardeau étaient fiers
de leur tâche et l'expression de cette fierté se
reflétait dans leur visage.
Les porteurs étaient :
Benjamin Nault - Romain Nault
Charles Nault - Alfred Nault
Élie Nault - Martin Nault
Prosper Nault - André Nault
Père Harrison - Louison Desrivières
W.R. Lagimodière - François Poitras
Louis Blondeau - Joseph Lagimodière
Romain Lagimodière - St. Pierre Parisien
Norbert Landry - François Marion
La plupart étaient vêtus de capots de bison, de
casques de castor et de mocassins. Des ceintures flèchées
rouges leur ceignaient la taille. Ils portaient autour de leur
épaule et sur leur poitrine, un large ruban blanc.
Le cercueil, en superbe bois de palissandre était recouvert
d'une magnifique étoffe sur laquelle était dessinée
une large croix blanche.
Les deux frères de Riel, Joseph et Alexandre, tous deux
vigoureux specimens de leur race, marchaient à deux pas
devant le cortège. L'un portait un épais manteau
de bison, l'autre un manteau ordinaire de ratine. Ils étaient
accablés de douleur. De chaque côté du cercueil,
marchaient en une file sur une longueur de trente verges, les
Métis formant une sorte de garde autour du corps, prêts
à le défendre dans le cas d'une surprise qu'on redoutait.
Le premier traineau dans la procession contenait la mère
de Riel, ses deux soeurs et sa veuve. La pauvre mère, en
quittant la demeure, voulut absolument suivre à pied le
cercueil de son fils, ce qu'elle fit aussi longtemps que son pauvre
état de santé le lui permit. Elle dût enfin
prendre place dans le traineau. Elle était si emmitouflée
que l'on avait peine à la reconnaître. Ses filles
et d'autres amies étaient toutes vêtues de vêtements
témoignant d'un profond deuil.
Alors que le cortège funéraire approcha la cathédrale,
les cloches qui avaient si souvent éveillé le rebel
dans ses jours de jeunesse, sonnèrent le glas pour lui
maintenant à sa mort.
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MSB0141
À la cathédrale
Maintenant le cerceuil arrive au seuil de la cathédrale.
L'on s'arrête, et dans une minute, la grande porte s'ouvre.
Les servants de messe, vêtus de surplis, portant des chandelles
dans leurs mains, s'avancent. Le prêtre célébrant
encense le cerceuil et quelques paroles sont dites alors que la
foule se tient receuillie avec chapeaux levés. Le cerceuil
est levé et porté dans l'église où
on le place sur le catafalque.
Le service religieux
Le service à l'église s'est composé de la
messe habituelle de Requiem sans aucun changement, et elle fut
célébrée par l'abbé Dugas, le curé
de la paroisse. Il était assisté de l'abbé
Cloutier comme diacre et de l'abbé Joseph-Antoine Messier
comme sous-diacre.
Parmi le clergé qui assistait au service on remarquait
Mgr l'archevêque; l'abbé Ritchot, curé de
Saint-Norbert; les pères Maisonneuve et Lussier du Collège
de Saint-Boniface.
La chorale n'a fait entendre comme musique, que du plain-chant
sous la conduite de l'abbé Georges Dugast de Saint-Boniface
dirigeait la chorale. Monsieur Alfred Bétournay touchait
l'orgue. Messieurs William Lamothe et Philion de l'église
St. Mary's faisaient partie de la chorale.
Le service dura environ une heure et demie et, à sa fin,
la foule quitta l'église et se dirigea vers la fosse préparée
juste en face de l'entrée de l'église.
Les gens croyaient que cette fosse allait être la tombe
de Riel, mais ils se trompaient car elle n'était pas pour
Riel. Les centaines de personnes qui s'étaient regroupées
pour voir le cercueil descendre dans la fosse furent déçues.
Personne avait dit que c'était pour être la fosse
de Riel mais le peuple croyait que c'était pour l'être
et il se trompait. Cette après-midi le corps sera enterré
dans le sous-sol de l'église où l'on retrouve nombre
d'autres personnes qui y sont enterrées. Ce plan d'action
fut considéré le meilleur pour plusieurs raisons.
Mgr l'archevêque prit la décision sachant fort bien
que si Riel était inhumé dans le cimetière
ses amis et admirateurs érigeraient un monument imposant
sur la fosse et ainsi soulevèrent des émotions que
tous ceux qui sont vraiment loyaux tiennent à empêcher.
Il est très possible qu'un fanatique ne tente de faire
exploser le monument ou même qu'une telle tentative soit
faite qu'il y aurait de nouveaux troubles.
L'intention originale était d'enterrer Riel à côté
de son père et une fosse fut creusée. Mais, craignant
que le corps pourrait être volé, il fut déposé
dans la crypte de la cathédrale pour une journée
ou deux. La fosse n'est qu'à quelques verges de l'entrée
nord de la cathédrale.
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